Le dernier épisode de La Belle histoire de France, diffusé dimanche 31 janvier 2021 sur CNews, portait sur les grandes invasions. Marc Menant, très en forme, n'a cessé de répéter que dans cette histoire tout, du charisme d'Attila à un séisme, était "invraisemblable". Nous, on trouve que ce qui est invraisemblable, c'est surtout qu'on puisse continuer, dans la lignée de l'épisode précédent, à accumuler des erreurs factuelles, des clichés racontés sans esprit critique, une absence totale de sources ou de problématique, et un discours à la fois anti-historiens et idéalisant une ethnicité gauloise fantasmée. Décryptage.

Les historiens ne veulent pas dire «grandes invasions» - Franck Ferrand

Le propos liminaire dit tout. "Le terme grandes invasions est un peu daté, il a un côté sépia (...) les historiens ont changé, ils ne veulent pas dire «grandes invasions», et encore moins «invasions barbares», c'est trop stigmatisant... Donc on ne dit plus «grandes invasions», on dit «mouvements de population», mais ça revient au même"  (01'20 dans la vidéo). Franck Ferrand commence fort. Non sans finesse, il construit son discours contre celui des "historiens", qui semblent accusés d'être de véritables girouettes suivant la mode ("Les historiens ont changé") et, pire encore, suivent la tendance du politiquement correct ("trop stigmatisant"). Le tout pour rien, puisque cela "revient au même" ! En quelques secondes, le décor est bien planté : d'un côté les historiens chicaneurs, coupeurs de cheveux en quatre, qui s'amusent à "changer" les termes qu'on avait appris à l'école primaire, de l'autre, le courageux Franck Ferrand, qui dit à la fois du classique, du simple et du vrai.

ENVAHISSEURS OU MIGRANTS ?

En réalité, si les historiens ont arrêté d'utiliser l'expression "invasions barbares", ce n'est bien sûr pas parce que c'est "stigmatisant" (stigmatisant envers qui ? Envers les barbares ? Je ne sais pas pour vous, mais ça fait longtemps que je n'ai pas croisé un Wisigoth dans le métro...) On n'emploie plus cette expression car on est de moins en moins sûr qu'il s'agisse d'invasions. D'abord parce que le processus s'étale sur plusieurs siècles ; ensuite parce que nombre de ces migrants se sont installés dans l’Empire avec l’agrément des autorités romaines, qui les intégraient souvent dans leur structure militaire. Également parce que ces peuples barbares ont probablement été bien moins nombreux qu'on ne l'a longtemps dit ; et enfin parce que la question des changements réels en termes de mode de vie pour les populations est toujours très discutée. L'archéologue anglaise Susan Hackenbeck, par exemple, explique que les populations "romaines" vivant près des frontières adoptent peu à peu un certain nombre de pratiques "barbares"... et que les peuples germaniques changent eux aussi progressivement leurs manières de se nourrir, de s'habiller, d'enterrer leurs morts, etc. Bref, ce n'est pas une vague d'envahisseurs qui aurait terrorisé l'Occident romain. Les choses sont mille fois plus complexes et, en outre, il n'y a pas de réel consensus historiographique à l'échelle internationale. Dans une émission d'histoire, on aurait pu espérer un tout petit peu de recul critique, de prudence...

Ressources complémentaires :

Il n'y a plus qu'à faire...quand j'aurais des Term HGGSP !