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jeudi 16 novembre 2023

L'indépendance de la Grèce

Dans le cadre du cours de 1ere HGGSP sur le thème de la Puissance, je fais un chapitre consacré aux Etats et à leur forme de domination et d'expansion (titre Empire et Hégémonie cf l'activité qui introduit la notion d'hégémonie). Après une première partie sur les empires qui se termine par l'étude du jalon sur l'empire ottoman, une 2e partie est consacrée à la forme des Etats-Nation. Elle débute par l'étude de cas de la Grèce des années 1820-1830. Puisqu'il ne faut pas empiéter sur le programme du tronc commun (PPO la liberté de la Grèce), on passe très vite sur le courant philhellène qui constitue une opinion publique en Europe de l'Ouest favorable à l'intervention aux côtés des Grecs révoltés contre les Ottomans, on fait une analyse du tableau de Delacroix , scènes de massacre de Scio, pour en montrer les procédès visant à créer du pathétique, 



puis et surtout, on analyse le texte suivant :

    L'insurrection qui va conduire la Grèce à l'indépendance débute le 25 mars 1821, après 400 ans de domination ottomane. Un premier congrès national est réuni à Épidaure pour rédiger une Constitution (1/13 janvier 1822). Il adopte également un Acte d'indépendance pour expliquer les raisons du soulèvement et les difficultés du pays.
Source : La traduction a été publiée par Dufau dans le supplément à la collection des constitutions, chez Pichon et Didier, 1830.

Déclararation d'indépendance de la Grèce. 

Donné à  Épidaure, le 15 (27) janvier 1822, et l'an 1er de l'indépendance.

signé : Alexandre Mavrocordato, président du Congrès. 

La nation grecque prend le ciel et la terre à témoin que, malgré le joug affreux des Ottomans qui la menaçait d'une ruine entière, elle existe encore. Pressée par les mesures aussi iniques que destructives que ces tyrans féroces, après avoir violé leurs capitulations ainsi que tout esprit d'équité, rendaient de plus en plus oppressives, et qui ne tendaient à rien moins qu'à l'anéantissement du peuple soumis, elle s'est trouvée dans la nécessité absolue de courir aux armes pour mettre à l'abri sa propre conservation. Après avoir repoussé la violence par le seul courage de ses enfants, elle déclare aujourd'hui devant Dieu et devant les hommes, par l'organe de ses représentants légitimes réunis dans le congrès national, convoqué par le peuple, son indépendance politique.

Descendants d'une nation distinguée par ses lumières et pas la douce civilisation, vivant à une époque où cette même civilisation répand, avec une profusion vivifiante, ses bienfaits dur les autres peuples de l'Europe, et ayant sans cesse le spectacle du bonheur dont les peuples jouissent sous l'égide protectrice de la loi, les Grecs pouvaient-ils rester plus longtemps dans un état aussi affreux qu'ignominieux, et voir avec apathie le bonheur qu'ils sentaient que la nature a également réservé à tous les hommes ! Des motifs si puissants et si justes ne pouvaient sans doute que presser le moment du réveil, où la nation, pleine de ses souvenirs et de son indignation, devait réunir ses forces pour revendiquer ses droits et venger la patrie d'une tyrannie dont rien n'égale l'horreur.

Telles sont les causes de la guerre que nous avons été forcés d'entreprendre contre les Turcs. Loin d'être fondée sur des principes de démagogie et de rébellion, loin d'avoir pour motifs les intérêts particuliers de quelques individus, cette guerre est une entreprise nationale et sacrée ; elle n'a pour but que la restauration de la nation et sa réintégration dans les droits de propriété, d'honneur et de vie ; droits qui sont le partage des peuples policés nos voisins, mais qui étaient arrachés aux Grecs par une puissance spoliatrice.
Des clameurs publiques, peu dignes d'hommes nés libres et élevés au sein de l'Europe chrétienne et civilisée, dirigées contre notre cause, sont parvenues jusqu'à nous. Mais quoi ! les Grecs seuls, de toutes les nations européennes, devraient-ils être exclus comme indignes de ces droits que Dieu a établis pour tous les hommes ? ou bien étaient-ils condamnés par leur nature, à un esclavage éternel qui perpétuait chez eux la spoliation, les violences et les massacres ? Enfin la force brutale de quelques hordes barbares qui, sans être jamais provoquées, vinrent, précédées du carnage et suivies de l'esprit de destruction, s'établir au milieu de nous, pouvait-elle jamais être légalisée par le droit des gens de l'Europe ? Les Grecs, sans l'avoir jamais reconnue, n'ont jamais cessé de la repousser par les armes, toutes les fois qu'une espérance ou des circonstances favorables se sont présentées.

Partant de ces principes et sûrs de nos droits, nous ne voulons, nous ne réclamons que notre rétablissement dans l'association européenne où notre religion, nos moeurs et notre position nous appellent à nous réunir à la grande famille des chrétiens et à reprendre, parmi les nations, le rang qu'une force usurpatrice nous a ravi injustement. C'est dans cette intention aussi pure que sincère que nous avons entrepris cette guerre, ou plutôt que nous avons concentré les guerres particulières que la tyrannie musulmane a fait éclater sur les diverses provinces et sur nos îles, et nous marchons d'un commun accord à notre délivrance, avec la ferme résolution de l'obtenir ou d'ensevelir enfin à jamais nos malheurs sous une grande ruine digne de notre origine qui, dans ces calamités, ne fait que peser davantage sur nos coeurs.

[...]


 Deux axes d'analyse sont donnés aux élèves 

1) Quelles sont les justifications de la révolte apportées par ce texte ? Autrement dit comment la domination ottomane est-elle qualifiée ?

2) Relever toutes les occurrences du mot "nation" et le champ lexical qui lui est associé. Comment peut-on distinguer "nation", "peuple", "patrie" ? Quelles sont, dans ce texte, les fondements de la nation grecque ?

dimanche 12 janvier 2020

La construction de la majesté royale en France : l'épisode de la folie de Charles VI

Note de lecture du livre de Bernard Guenée, La folie de Charles VI, Biblis/CNRS editions



5 Août 1392. Le jeune roi Charles VI est saisi d'une hallucination furieuse et se rue, l'épée haute, sur son jeune frère. C'est la première crise de démence de ce roi, qui va rester 30 ans malade et au pouvoir. Que faire d'un roi fou, donc inutile et pour lequel l'alternance de périodes de crise où il est enfermé et de rémission où il peut régner est une des causes des malheurs du royaume ?

Charles VI aurait dû être déposé et pourtant, il ne le fut pas. Pour continuer ma liste de billets sur les théories et pratiques politiques médiévales (voir page "structures") c'est sur cet aspect du livre de B. Guénée que je ferai cette fiche de lecture partielle. Elle correspond, pour l'essentiel, aux derniers chapitres du livre.

En bien des domaines, la machine "administrative" pouvait tourner seule : prévôts et baillis administrent et jugent, le Parlement rend ses arrêts, le conseil publie les ordonnances royales. Cependant, il est des moments où le roi est indispensable : pour recevoir l'hommage de ses vassaux directs, pour accueillir les souverains étrangers et les ambassades et pour prendre les décisions dans les matières les plus importantes (en l’occurrence, la question du schisme et de la soustraction d'obédience, comme la reprise des tensions avec l'Angleterre) : le rôle du roi n'étant pas uniquement cérémoniel, la vie politique dépendait donc des hauts et des bas de chaque crise et de chaque rémission royale. De plus, plus le temps passe, plus les crises se rapprochent et moins le roi semble reprendre pied dans la réalité, singulièrement après 1407, année où les affaires de France prennent un tour dramatique : l'assassinat du duc d'Orléans sur ordre de Jean sans Peur, le jeune duc de Bourgogne, a lieu le 23 novembre 1407 et il plonge durablement le royaume dans la confusion. Les factions, Armagnacs et Bourguignons, s'engagent dans une guerre civile qui conduira de fait à la division du royaume et à l'intervention anglaise.

Le destin ordinaire des rois "inutiles"

Des princes déchus du pouvoir ou assassinés, il y en a toujours eu. Ce sont les justifications qui sont intéressantes et le propre de l'Occident médiéval, c'est d'en avoir construit une théorie réfléchie associée à une procédure élaborée. Tout vient de ce que l'Occident chrétien a dessiné très tôt le portrait du prince idéal (vertueux, juste, garant voire serviteur du bien commun, c'est-à-dire l'utilité publique à laquelle devaient être subordonnées les intérêts particuliers).  Quand le prince n'a pas les vertus nécessaires et qu'il verse dans les excès (de pouvoir), c'est un tyran. Les théories du tyrannicide ne sont pas ici notre sujet. Ce qui l'est, en revanche, ce sont les réponses juridiques élaborées pour répondre au problème du "roi fainéant", paresseux, non dotés des vertus politiques utiles à sa charge. Quand, par exemple, Pépin, fils de Charles Martel, maire du palais de Childéric III, voulut remplacer ce dernier, il sollicita l'avis du pape Zacharie, qui lui répondit à partir de St Matthieu ("qu'on jette ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures") qu'est roi celui qui possède le pouvoir. Les intellectuels au service des carolingiens, Eginhard le premier, s'attellent alors à forger la légende des rois inutiles (inutile regis nomem à propos de Childeric ; nec sibi nec aliis utilis), avant que le procédé ne se retourne, à l'occasion contre les carolingiens : on trouve au 13e siècle une mention d'un roi surnommé "fainéant" dans les Grandes chroniques de France (Viard ed., vol 4, p.300 sqq.) à propos de Louis le bègue : "il ne fit jamais quoi que ce soit qui méritât qu'on en fasse l'histoire".  Les Grandes chroniques de France sont écrites par l'abbaye de St Denis et constituent une série de texte au service du pouvoir monarchique et à la gloire de la dynastie capétienne.
Au XIIIe siècle, les docteurs en droit canon se penchèrent sur le cas des évêques absents ou incompétents ou trop vieux pour occuper réellement leur charge. Tout en leur conservant leur digité, l'administration fut confiée à un curator, remplaçant provisoire ou définitif de l'évêque. Cette solution s'appliqua aussi aux rois, pour la première fois en 1245, sur avis papal (Innocent IV) qui décida que le roi  Sanche II était incapable et devait céder la réalité du pouvoir à son frère Alphonse, tout en restant roi. Les canonistes à sa suite conclurent que seul le pape, qui est au dessus des princes, avait ce pouvoir de décision (ce dont certains se passèrent pourtant par la suite). Il fallait réserver aussi les droits des fils du roi "inutile", aussi celui qui administrait  le royaume ne pouvait lui succéder que pour autant que le roi véritable n'avait pas d'enfant.
Plus le XIVe siècle avançait, plus la théorie dressait la liste des dangers qu'un roi inutile faisait courir à son royaume et plus devenaient banales les nombreuses procédures qui permettaient d'écarter un prince insuffisant. En janvier 1327, les prélats, les barons et les communautés du royaume d'Angleterre déclarèrent qu'Edouard II s'était montré incapable de régner et déclarèrent son "insufficiencia gubernandi". La reine Isabelle et mère du prince Edouard convainquit le roi d'abdiquer. En 1358, Guillaume comte du Hainaut, fils de l'empereur Louis de Bavière, "entra en frénésie et perdit sens et mémoire". Il fut enfermé tout en conservant son titre et sa dignité et sa femme, puis son frère gouvernèrent en son nom le comté. En 1399, une commission anglaise constatait que le roi Richard II avait démontré son incapacité à administrer ses Etats. Emprisonné, il abdiqua. En 1400, le collège des princes électeurs déposa Venceslas IV, roi de Bohème et roi des Romains, "abruti par les débauches de la table", "négligent, inutile, dissipateur et indigne". Les textes théoriques accompagnaient ces pratiques. Par exemple, Nicolas Oresme, traduisant Le livre des politiques d'Aristote, vers 1370 écrivait : "Un roy fol met son peuple à perdicion", "le roi ne doit avoir aucun vice dans l'âme ou le corps qui répugne à la dignité royale, il ne doit être ni idiot, ni pervers, ni négligent".

Dans le cas français, la solution élaborée aux débuts de la maladie de Charles VI était donc conforme aux nouvelles pratiques : le roi conservait la dignité de roi, ce qui lui permettait de reprendre le pouvoir effectif quand il était en rémission, et le reste du temps, l'exercice du pouvoir était sous le contrôle de ses deux oncles, Jean de Berri et Philippe de Bourgogne. Cette solution fonctionna jusqu'à la mort de Philippe de Bourgogne (1404). Après cette date, il n'y plus de solution au problème de la "non-gouvernance" du royaume du fait des épisodes de plus en plus fréquents et longs de folie de Charles VI, de la rivalité entre les deux princes de sang qui se disputent le pouvoir, le jeune frère du roi Louis d'Orléans et Jean duc de Bourgogne, et de l'absence d'un pouvoir tiers qui aurait été capable de tenir à distance les deux rivaux, par exemple les pouvoirs urbains des bonnes villes de France qui ont été disqualifiés au milieu du XIVe siècle avec l'échec de la révolte parisienne d'Etienne Marcel (1358). Bilan : "autant les structures administratives du royaume de France, sa justice, ses finances, étaient solides et efficaces, autant ses structures politiques étaient déficientes. Ce grand corps qu'était le royaume souffrait d'une tête hypertrophiée. Le destin du royaume dépendait tout entier du roi. La maladie de Charles VI posa un problème insoluble. Le roi inutile n'a pas été déposé parce que personne, ni hors du royaume ni dans le royaume, n'avait les moyens juridiques ou politiques de le déposer, ni même de gouverner à sa place." Le sacre avait fait du roi une personne inviolable, élue de Dieu et recourir au pape était impensable dans un pays où s'élaborait au même moment la doctrine gallicane.

La construction de la majesté royale

Voir mon post sur le site des Clionautes, téléchargeable aussi ici : Comment on écrit l'Histoire au XIIIe siècle : Primat et le Roman des rois, qui est un autre livre de B. Guénée tout aussi intéressant.

Une des sources sur le règne de Charles VI est le Religieux de St Denis, auteur anonyme, mais dont on sait qu'il . Or, comme on peut le lire dans le post mis en lien ci-dessus, l'abbaye de St Denis fut le moteur de la construction de l'idéologie royale française à partir du XIIIe siècle. A l'époque de Charles VI, l'abbaye est toujours en charge de la sacralité royale, aussi le "Religieux" est bien ennuyé pour rendre compte de la folie du roi.
Tout se passe comme si, plus le corps physique du roi s’abîmait dans la déchéance, plus le texte du Religieux de St-Denis s'attache à le distinguer du corps "politique" du roi pour montrer que la maladie du roi ne compromet nullement l'autorité de la couronne et la majesté royale. On observe une multiplication des mots "symboles" , abstractions du pouvoir royal , tels couronne et majesté. 136 occurrences pour le mot "majesté" entre 1392 et 1420 (56 occurrences dans la période de la minorité de Charles VI). Le mot "couronne" fut mis en avant par l'abbé Suger au XIIe siècle et permettait d'insister sur la continuité de la royauté capétienne. De même, l'antique notion de majesté fut particulièrement utilisée sous Philippe le Bel, dans sa lute contre Boniface VIII, pour insister sur la grandeur et l'indépendance du pouvoir sacré de la dynastie française face à la majesté pontificale. Autour de Charles V, les juristes français et italiens (Balde) entendirent rapprocher la royauté de la prêtrise, via le sacre, et insistèrent donc sur la dignité royale, le mot dignité ayant des origines canoniques (droit canon). C'est aussi le moment où la notion de crime de lèse-majesté se développe : Michel Pintoin, le "religieux de St-Denis,  ne manque pas une occasion de rappeler combien le crime de lèse-majesté était grave et débordait largement la personne du roi : "le crime de lèse-majesté consiste non seulement dans les attentats contre la personne du roi, mais aussi dans les paroles injurieuses qui attaquent son honneur." Le roi pouvait être sain ou malade, la majesté royale était convoquée pour souligner le respect dû aux ordres du roi et de ceux qui gouvernaient en son nom. La majesté royale disait ainsi la continuité de l'Etat ; elle était la justification de l'autorité (auctoritas) du roi. Cependant, quand les désastres s'accumulent, après 1415 et le débarquement du roi anglais en Normandie, le mot ne revient plus sous la plume du Religieux de St-Denis. Plutôt que d'évoquer la majesté royale, il utilise de plus en plus souvent l'expression "auctoritas regis ou regia" (118 fois de 1412 à 1420). Plus l'autorité royale était en réalité bafouée, plus elle est invoquée par l'auteur. Il devient clair, et pas seulement dans le texte de la chronique, mais pour les gens de l'époque, parler du roi, c'est devenu invoquer une entité abstraite, car le roi est physiquement absent. La maladie de Charles VI a appris au royaume de vivre, tant bien que mal, sans le roi en exaltant la royauté.

Il faut "sauver le soldat Charles VI".


Il s'agissait de ne pas rendre le roi responsable des malheurs de la France. Par des notations plus ou moins subtiles, l'auteur de désengage la responsabilité royale. Par exemple, en 1415, quand Henri V d'Angleterre eut débarqué en Normandie, les chevaliers français ne surent même pas défendre la place forte de Harfleur. Après avoir dit la chute de la ville, le Religieux de St-Denis conclut : " Ce déshonneur semble devoir rejaillir sur le roi. Pourtant il est bien excusable. Car il n'est pas douteux que son entourage n'eût empêché ce malheur si l'état de sa santé le lui eût permis."

Jamais l'auteur ne dit clairement que le roi de France est fou : il n'utilise pas le mot de l'époque, la frénésie, alors que d'autres sources n'hésitent pas à y recourir. Jean Froissart, dans ses Chroniques,  par exemple le dit 6 fois en deux pages (le roi souffre de "frénésie et foiblesse du chef"). Il précise même, ce dont Michel Pintoin ne souffle jamais mot, que l'entourage royal envoya de nombreux messagers " en tous lieux où on sçavait corps saint ou de sainte qui euissent grâce et mérite par la vertu de Dieu à garir de frénaisie et de derverie". De la même manière, il n'évoque pas non plus l'explication par la possession du démon, qui est avancée à l'époque par d'autres. Le roi ne pouvait pas ne pas être sous la protection divine, même si celle-ci semblait l'avoir abandonné. D'ailleurs, le religieux de St-Denis insiste, pour la renommée de son abbaye autant que par mystique royale, sur les dons et dévotions de Charles VI à St Denis et Notrte-Dame de Paris quand il est dans ses phases de rémission.
En revanche, il prête plus d'attention aux accusations qui fleurissent à l'époque d'empoisonnement : Valentine Visconti, femme du duc d'Orléans, fut une de celle qui était accusée, comme si son origine italienne était une preuve suffisante (venant de ce pays où le recours au poison était courant) de sa culpabilité.


Les sources insistent enfin sur l'amour que la population portait à Charles VI, malgré les malheurs du temps. Lorsqu'en 1392, Charles VI tomba pour la première fois malade, et que la nouvelle s'en fut répandue dans tout le royaume, "tous les vrais Français pleurèrent comme pour la mort d'un fils unique" nous dit le Religieux de St Denis. Christine de Pizan en 1404 apporte un témoignage semblable : elle avait vu "maintes fois", les "femmes enfens et tout gens" courir pour le voir passer, pleurant presque de "compassion de son enfermeté et malaage" (infirmité et souffrance). Ainsi, malgré la ruine du royaume (reprise de la guerre avec l'Angleterre, guerre civile entre Bourguignons et Armagnacs, insurrection parisienne de la Caboche...), le peuple conservait apparemment son amour pour le roi. A sa mort, le Bourgeois de Paris affirme que "son peuple et ses serviteurs ...moult faisoient grant deuil..et especialment le menu commun de Paris crioit quant on le portait parmy les rues : ah très cher prince, jamais n'arons si bon, jamais ne te verrons. Maldicte soit la mort..."  C'est sans doute pour cette raison que le surnom donné pour la postérité à Charles VI est "le bien-aimé" (1ere mention entre 1427-1433).

  La maladie du roi fut pour les sujets du royaume l'occasion d'une multiplication de prières, d'aumônes, de pèlerinages, de processions pour la guérison du monarque. Durant les premiers temps de sa maladie, à chaque période de crise, il fallait implorer le secours divin. Ces processions pour la santé du roi étaient ordonnées par les plus hautes autorités de l'Etat. Le peuple était invité à jeûner le jour de la procession, puis à y venir pieds nus ou en chemise, à écouter le sermon. A en croire le religieux de St-Denis, des milliers de personnes des deux sexes participaient à ces processions, plus particulièrement à Paris. L maladie du roi a été l'occasion d'un élan vers Dieu dont le clergé a été le principal bénéficiaire. Elle a de plus entraîné les foules des fidèles vers des lieux où Dieu et le roi étaient inséparables (ND, Ste Chapelle, St-Denis). Mais Dieu restait sourd et dans les années 1410, plus personne ne croit à un possible rétablissement du roi. Les religieux engagent les fidèles à ne pas se contenter de prier, mais à  réformer leur conduite personnelle et à expier dignement leurs fautes.

Ainsi, la maladie dru roi, paradoxalement, fut l'occasion d'enraciner émotionnellement la propagande royale, dont la longue histoire a commencé avec le sacre carolingien, s'est structurée avec St Louis et, à travers toutes les vicissitudes de l"histoire du royaume de France aux XIVe et XVe siècle, n'aura en fait jamais été sérieusement remise en cause.



mardi 16 juillet 2019

La nation et ses valeurs


Une séance EMC sur le thème des valeurs de la République, propice aux débats et donc extrêmement fructueuse

Il s'agit de comparer, d'expliquer les deux clips et leur texte de ces deux morceaux de rap.


Ce titre est extrait de l'album : Axiom
Année de sortie : 2006 | Label : ULM


Référence à l’article d’Emile Zola pdt l’Affaire Dreyfus
 

Référence à Vichy, gvt d’extrême droite qui a collaboré avec l’Allemagne nazie
 

Contexte : émeutes en banlieue
 

Référence à la lettre du Déserteur de Boris Vian
 

Article 19 de la DUDH : liberté d’opinion et d’expression
 

Monsieur le Président,
Avec tout le respect que je dois à votre fonction
Je vous demanderais un peu d'attention
Je me présente à vous en tant que citoyen,
Sain de corps et d'esprit, en pleine possession de mes moyens
À l'heure où je vous parle, dans le pays le couvre-feu résonne
Je fais appel à l'article 19 de la déclaration des droits de l'homme
Sans étiquette, je ne jugerai que vos actes
D'avance veuillez recevoir mes excuses les plus plates

Monsieur le Président,
Je vous fais part de ma grande indignation
Face aux événements, comprenez ma position
Je suis français, ai grandi dans les quartiers populaires
Mes grands-parents ont défendu la France pendant la guerre
Mes parents eux aussi l'ont reconstruite cette république
Rappelez vous ces ouvriers qu'on a fait venir d'Afrique
Et leurs enfants ignorés par le droit du sol
Citoyens de seconde zone, de la naissance à l'école
J'accuse trente ans de racisme et d'ignorance
La répression sans prévention en France
J'accuse votre politique, vos méthodes archaïques
La centralisation, la défense unique de la loi du fric
Au lieu de rassembler car tous français,
Vous n'avez fait que diviser, laissant l' extrême droite avancer.
Monsieur le Président,
Ne le prenez pas comme une offense,
Mais moi aussi je crois en la démocratie de France
Je crois en la république, la vraie
Car c'est le rêve du peuple et des opprimés
Colonisation, chômage, et précarité
Ont engendré violence, inégalités
La discrimination, à l'embauche, à l'emploi, cela va sans dire
Provoque la fuite des cerveaux, laisse une jeunesse sans avenir
Est-ce un hasard si votre ministre séduit l'extrême droite ?
Ces gens qui auraient livré la France sans jamais combattre
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre, une lettre que vous lirez peut-être
Monsieur le Président, je vous écris une lettre
Dans les rues, la sixième république vient de naître

Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre
démission

Monsieur le Président
Tout ne peut être de votre seul chef
Je le comprends même si je formule mes griefs
Votre gouvernement plonge le pays dans le chaos
Incapable de discernement, incapable de vents nouveaux

Devise de la république
 
Le peuple a besoin de solutions, non de mensonges
« Liberté, égalité, fraternité » n'est pas un songe
Incapables de protéger nos policiers, nos enfants
D'un affrontement qui restera sans précédent
nous sommes l'avenir, en notre coeur le plus beau des rêves
pacifiquement, la sixième république en est la sève
la république a besoin d'un nouveau vent
celui de l'espoir, du coeur, un vent plus tolérant
monsieur le président,
votre ministre instaure la terreur
Et l'histoire dira bientôt que ce fut une erreur
Où est passé cet humanisme qui a fait la grandeur de ce pays ?
Est-il dans la rue ou dans ces treillis ?
le peuple d'en bas ne veut pas d'école en apprentissage
mais plus d'égalité de chance et plus de partage
Monsieur le Président de la peur est née la haine
Les luttes politiques sont loin des valeurs républicaines

Référence aux paroles de la Marseillaise
 
La France est un idéal qu'il faut sans cesse bâtir
Dans l'honnêteté, la transparence, l'altruisme et dans l'avenir
Marchons, marchons, vive la France oui,
Mais dans la paix et le respect des différences
Monsieur comment aurait on pu faire mieux ? il aurait déjà fallu moins attiser le feu
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république est en train de naître


Monsieur le Président
Vous remerciant de votre attention
Veuillez agréer mes sentiments les plus distingués.

Adieu.






Avril 2012 : Kery James

A tous ces racistes à la tolérance hypocrite
Qui ont bâti leur nation sur le sang
Maintenant s’érigent en donneurs de leçons
Pilleurs de richesses, tueurs d’africains,
Colonisateurs, tortionnaires d’algériens
Ce passé colonial, c’est le votre
C’est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la notre
Maintenant vous devez assumer
L’odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez
Nous les arabes et les noirs, On n’est pas là par hasard
Tout arrivée a son départ (X2)
Vous avez souhaité l’immigration
Grace à elle vous vous êtes gavés jusqu’à l’indigestion
Je crois que la France n’a jamais fait la charité
Les immigrés ce n’est que la main d’œuvre bon marché
Gardez pour vous votre illusion républicaine
De la douce France bafouée par l’immigration africaine
Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkis
Qui a profité de qui ?
La république n’est innocente que dans vos songes
Et vous n’avez les mains blanches que dans vos mensonges
Nous les arabes et les noirs, On n’est pas là par hasard
Tout arrivée a son départ ...
Mais pensiez-vous qu’avec le temps
Les négros muteraient et finiraient par devenir blancs
Mais la nature humaine a balayé vos projets
On ne s’intègre pas dans le rejet
On ne s’intègre pas dans les ghettos français
Parqués, entre immigrés, faut être sensé,
Comment pointer du doigt le repli communautaire
Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre
Pyromanes hypocrites
Votre mémoire est sélective
Vous n’êtes pas venus en paix
Votre histoire est agressive
Ici, on est mieux que là-bas, on le sait,
Parce que décoloniser, pour vous, c’est déstabiliser
Et plus j’observe l’histoire ben moins je me sens redevable
Je sais ce que c’est d’être noir depuis l’époque du cartable
Bien que j'n'sois pas ingrat je n’ai pas envie de vous dire merci
Parce qu’au fond, ce que j’ai, ici, je l’ai conquis,
J’ai grandi à Orly dans les favelas de France
J’ai fleuri dans les maquis
Je suis en guerre depuis mon enfance
Narco trafic, braquages, violence, crimes
Que font mes frères si ce n’est
Des sous comme dans Clearstream
Qui peut leur faire la leçon, vous ?
Abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fond
De vrais voyous en costard, bandes d’hypocrites
Est-ce que les français ont les dirigeants qu’ils méritent ?
Au cœur des débats, des débats sans cœur
Toujours les mêmes qu’on pointe du doigt
Dans votre France des rancœurs
En pleine crise économique il faut un coupable
Et c’est en direction des musulmans que tous vos coups partent
Je n’ai pas peur de l’écrire
La France est islamophobe
D’ailleurs plus personne ne se cache
Dans la France des xénophobes
Vous nous traitez comme des moins que rien
Sur vos chaines publiques
Et vous attendez de nous
Qu’on s’écrie « Vive la République »
Mon respect s'fait violer au pays dit des droits de l’Homme
Difficile de se sentir français
Sans le syndrome de Stockholm
Parce que moi je suis noir, musulman, banlieusard et fier de l’être
Quand tu me vois

Syndrome de Stockholm = chez les otages, victimes d’enlèvement, trouble psychique caractérisé par la propension à chercher des excuses à son ravisseur, à se ranger de son côté.
 
Tu mets un visage sur ce que l’autre France déteste
Ce sont les mêmes hypocrites
Qui nous parlent de diversité
Qui expriment leur racisme sous couvert de laïcité
Rêvent d’un français unique
Avec une seule identité
S’acharnent à discriminer
Les mêmes minorités
Face aux mêmes électeurs
Les mêmes peurs sont agitées
On oppose les communautés
Pour cacher la précarité
Que personne ne s’étonne
Si demain ça finit par péter
Comment aimer un pays
Qui refuse de nous respecter
Loin des artistes transparents
J’écris ce texte comme un miroir
Que la France se regarde
Si elle veut s’y voir
Elle verra s’envoler
L’illusion qu’elle se fait d’elle-même
Je ne suis pas en manque d’affection
Comprend que je n’attends plus qu’elle m'aime


Travail d'analyse des textes de paroles de Axiom et de Kery James + les clips vidéos

comparer et constater les évolutions de discours


Questions pour vous aider :

1) Musique de Axiom. Pourquoi choisir la Marseillaise ?
Musique de Kery James ? Quel est l'effet recherché ? Montrez que c'est la traduction en musique  d'un "cri".

2) Mise en scène des clips. Caractériser le clip de Axiom (personnage, réalisme ou onirisme, références et symboles, couleurs...) Faire le même travail pour Kery James
Dans les deux cas, quel est l'effet recherché ?

3) Texte de Axiom : qui parle ? A qui celui qui parle s'adresse-t-il ? Idem pour Kery James

4) Montrez que Axiom , comme Kery James, partent des mêmes postulats : l'Etat délaisse sa jeunesse des cités. Quels sont leurs "arguments". Quelles différences entre le discours de Axiom et celui de Kery James ?

5) Montrez que Axiom comme Kery James ont les mêmes valeurs républicaines, mais pas la même posture : l'un y croit encore tandis que l'autre n'y croit plus.

6) Montrez que chez Kery James, il y a un discours sur la "race" qui est absent du texte de Axiom.

7) Où est la violence (et l'outrance ?) dans le texte de Kery James. Qu'en pensez-vous personnellement ?

8) Réflexion sur le contexte. Entre les deux textes/clips, il s'est passé 6 ans. Les textes font référence à des événements historiques et à des événements d'actualité.
Pour chacun des deux textes, reportez les références historiques, que vous nommerez, dans un tableau à deux colonnes : références positives, références négatives-condamnant un passé peu glorieux de la France.
Si vous pouvez, essayez de trouver l'explication des événements plus contemporains (période France 2006-2012)


jeudi 20 juin 2019

Définir la "nation"

L’idée de Nation apparaît dans la deuxième moitié du XIXe siècle en même temps que l’idée d’Etat-Nation. Sous l’Ancien Régime, le terme existait déjà : il désignait les peuples. Mais au XIXe siècle, ce mot de nation va prendre de nouvelles significations, plus politiques 

 Doc : L’Alsace est-elle allemande ou française ? 

 En introduction du commentaire de texte, il faut présenter la nature de ce document et son contexte historique. Ce texte date du 27 octobre 1870 ; il est postérieur à la guerre de 1870 entre l’Empire allemand et l’Empire français. Le 28 janvier, le gouvernement français signe un armistice avec Bismarck, chancelier de Guillaume Ier. Lors des préliminaires de paix, celui-ci exige l’Alsace et une partie de la Lorraine. La défense de l’Alsace et de la Lorraine est un des paramètres qui explique la Commune de Paris, qui se révolte contre le nouveau gouvernement français. Le drame alsaco-lorrain « ployant sous le joug prussien » alimentera l’iconographie, les chants, les pamphlets, les innombrables récits patriotiques écrits entre 1870 et 1914. L’historien allemand Théodore Mommsen tente de justifier les exigences de son pays sur l’Alsace et la Lorraine. Le géographe français Fustel de Coulanges lui répond. 


 « Vous croyez avoir prouvé que l’Alsace est de nationalité allemande parce que sa population est de race germanique et parce que son langage est l’allemand. Mais je m’étonne qu’un historien comme vous affecte d’ignorer que ce n’est ni la race ni la langue qui fait la nationalité. Ce n’est pas la race : jetez en effet les yeux sur l’Europe et vous verrez bien que les peuples ne sont presque jamais constitués d’après leur origine primitive. Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou commerciaux sont ce qui a groupé les populations et fondé les Etats. Chaque nation s’est ainsi peu à peu formée, chaque patrie s’est dessinée sans qu’on se soit préoccupé de ces raisons ethnographiques que vous voudriez mettre à la mode. Si les nations correspondaient aux races, la Belgique serait à la France, le Portugal à l’Espagne, la Hollande à la Prusse ; en revanche l’Ecosse se détacherait de l’Angleterre, à laquelle elle est si étroitement liée depuis un siècle et demi, la Russie et l’Autriche se diviseraient chacune en trois ou quatre tronçons, la Suisse se partagerait en deux, et assurément Posen se séparerait de Berlin (1). Votre théorie des races est contraire à tout l’état actuel de l’Europe. Si elle venait à prévaloir, le monde entier serait à refaire. 
La langue n’est pas non plus le signe distinctif de la nationalité. On parle cinq langues en France, et pourtant personne ne s’avise de douter de notre unité nationale. On parle trois langue en Suisse : la Suisse est-elle moins une seule nation, et direz-vous qu’elle manque de patriotisme ? D’autre part, on parle anglais aux Etats-Unis ; voyez-vous que les Etats-Unis songent à rétablir le lien national qui les unissait autrefois à l’Angleterre ? Vous vous targuez de ce qu’on parle allemand à Strasbourg ; en est-il moins vrai que c’est à Strasbourg que l’on a chanté pour la première fois la Marseillaise  ? 
Ce qui distingue les nations, ce n’est ni la race, ni la langue. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances. Voilà pourquoi les hommes veulent marcher ensemble, ensemble travailler, ensemble combattre, vivre et mourir les uns pour les autres. La patrie c’est ce qu’on aime. Il se peut que l’Alsace soit allemande par la race et par le langage ; mais par la nationalité et le sentiment de la patrie elle est française. Et savez-vous ce qui l’a rendue française ? Ce n’est pas Louis XIV (2), c’est notre révolution de 1789. Depuis ce moment, l’Alsace a suivi toutes nos destinées ; elle a vécu notre vie. Tout ce que nous pensions, elle le pensait ; tout ce que nous sentions, elle le sentait. Elle a partagé nos victoires et nos revers, notre gloire et nos fautes, toutes nos joies et nos douleurs. Elle n’a rien eu de commun avec vous. La patrie pour elle, c’est la France. L’étranger pour elle, c’est l’Allemagne. » 

  1. Ce grand-duché, créé en 1815 par le congrès de Vienne à partir de la plupart des territoires de la province historique de Grande-Pologne, fut cédé par le congrès à la Prusse, contre la promesse faite au peuple polonais d'auto-administration et de libre développement. Mais en 1849, il fut annexé purement et simplement par la Prusse, dont la capitale était Berlin. 
  2.  L’Alsace a été conquise et intégrée à la France sous Louis XIV, entre 1648 et 1681 



 Questionnaire préparatoire 
Comment le document est-il construit ? = un modèle d’argumentation 
1) Repérez dans le 1er § la thèse de Mommsen => Quels sont pour Mommsen, les 2 fondements de la nationalité ? 
2) Soulignez en bleu dans les 1er et 2e § les arguments qui réfutent la thèse de Mommsen. Dans quel "registre" Fustel de Coulanges choisit-il ses arguments ? 
3) Entourez en rouge les deux idées clés qui définissent la nation d’après FdC. 
4) Quel événement historique fonde, d’après FdC, le sentiment national français. Quel exemple en donne t-il ? 
5) FdC utilise de façon équivalente le mot patrie et l’expression « sentiment national ». Regardez dans un dictionnaire si patriotisme et nationalisme sont réellement des synonymes. 

Synthèse Vous montrerez que s’opposent deux conceptions de la nation : premièrement une conception citoyenne et politique. Deuxièmement une conception ethnique et culturelle. 
Pour approfondir Chacune de ces conceptions débouche sur des modes différents d’acquisition de la nationalité (Faites une recherche sur ce point)

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